Tribulation sur l’oeuvre

Et si j’étais une œuvre ? Pas comme dans le roman de Eric-Emmanuel Schmitt. Non. Je n’ai pas la prétention d’aspirer à devenir une œuvre d’art. Une œuvre littéraire (même si Bachelard pourrait me répondre qu’une œuvre d’art et une œuvre littéraire, c’est pareil).

Je serais une œuvre en tant que je serais singulière. Je ne serais pas jugée en tant qu’individu mais en tant qu’œuvre, en tant que système complexe global. Je serais une œuvre parce que je n’aurais d’autre visée que d’être moi ; d’être moi pour moi et pour les autres. Dans une sorte de perspective empirique, on essaierait de se frayer un chemin de lecture et d’interprétation à travers moi, mais on arriverait qu’à établir une définition abstraite et contradictoire. La définition n’est pas absolue, elle est arbitraire : c’est un prétexte pour se rassurer.

Je refuserais de me ranger derrière des catégories. Ce sont de nouvelles sources de problème. Je n’appartiendrais pas à un genre, mais à la seule littérature. Si j’étais une œuvre, j’oscillerais donc entre immanence et transcendance puisque je serais une création ; j’existerais donc à partir de quelque chose, comme le sous-entend l’étymologie du verbe. On revient à l’essence. La littérature démiurge ? Dieu ?

Mais si je suis créée je ne suis pas natura naturata. Je créée, moi aussi. Je ne suis pas une simple sécrétion de langage et on doit me recevoir en tant que je suis.

Je serais donc un système ouvert à tous ceux qui prendraient la peine de lire en moi. Immanence et transcendance ; je me signifierais moi-même tout en me contentant d’être un rapport au monde, parce que je suis moi-même créée. Je n’existerais cependant pas par rapport au regard qu’on aurait sur moi car je traduirais moi-même quelque chose d’une métaphysique qui ne dépendrait pas de moi. Serais-je donc réduite au dualisme le plus primitif ? Serais-je donc « un « néant » – et tout de même un monde à part » tel que Ingarden qualifie l’œuvre littéraire ?

J’aimerais qu’émane de moi une multiplicité de possibles qui traduise les potentialités de chaque étant. J’aimerais enrichir la vie des gens et leur procurer l’émerveillement. Mais je serais si complexe que m’embrasser toute entière serait vain alors même que l’esthétique renverrait de moi une impression d’unité.

N’essayez pas de me manipuler, vous brasseriez du vent. Ne me rejetez pas non plus, je pourrais vous donner autant que vous pourriez me donner.

Publié dans : Tribulations |le 7 mars, 2014 |Pas de Commentaires »

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