Archive pour la catégorie 'Tribulations'

Tribulation sur l’émotion

 

Je suis en train de mettre en œuvre une technique pour refouler momentanément mes émotions. C’est compliqué mais je sais que je peux y arriver. Je le dois. Je prends une grande inspiration, et j’expire l’air lentement ; je ferme les yeux tout en ressassant ce qui me tourmente. Je pense très fort et je me grave dans le crâne que ça ne doit plus m’atteindre, que je suis forte et qu’il faut que j’arrête de ressentir ainsi. Ca marche partiellement. Mais ça m’effraie. Cette technique devrait être occasionnelle mais j’oublie souvent par la suite de me remettre sur play. Mais je ne deviens pas un bloc de glace insensible, quoique certains me considèrent ainsi.

Je suis loin d’être désincarnée. Quand j’écoute la Chanson de Solveig, mon cœur se soulève et je plane au septième ciel. Quand il m’arrive quelque chose qui me contrarie, à plus ou moins grande échelle, j’ai de la peine, mais je ne souffre pas. C’est un état de fait, pas une fatalité. Les circonstances sont peu de choses, c’est le caractère qui fait tout. Et je choisis d’être forte.

La meilleure chose avec les erreurs, c’est que nous pouvons les corriger.

Le problème, c’est que quand je suis face à une situation irrationnelle, je n’ai aucune prise sur le réel. La seule chose qui me reste et à laquelle je ne peux pas me fier, c’est ma sensibilité. Alors j’écoute du Tchaïkovski à m’en dégouter. Mais je ne me lasse jamais. Il fait partie des compositeurs qui me transportent par delà toute rationalité. Je ne suis qu’un corps qui tremble, je ne suis que ressenti. Il me rappelle à ma vraie nature d’émotive. L’espace de quelques minutes, j’oublie les devoirs auxquels je suis normalement assignée. Après la dernière note, je reste coite. Et puis je me souviens que j’ai fait le choix de ne plus être cette personne-là. Celle qui ressent les choses au-delà de la normale.

Publié dans:Tribulations |on 7 mars, 2014 |Pas de commentaires »

Tribulation sur le rapport aux autres

Il m’est arrivé de rencontrer des gens qui ne m’inspiraient guère de l’intérêt. Certains me  surprennent parfois tant ils sont insipides, c’est d’ailleurs assez déstabilisant. J’ai l’impression de me retrouver devant un encéphalogramme plat. Et ce n’est pas une affaire de QI, mais une affaire de personnalité. Il semblerait que certains inscrivent leur vie entière sous le signe de la passivité : tout travail est une corvée, tout service est un fardeau. La vie n’est qu’oppression, et on s’y soumet à défaut de mieux. Leur existence n’est qu’un enchaînement de résignations automatiques. En plus je culpabilise, je me remets en question parce qu’à juger les autres ainsi je passe moi-même pour une prétentieuse : qui y a-t-il de plus humiliant que d’être qualifié d’inintéressant ?

Il s’avère néanmoins que je crois profondément au genre humain. Je suis persuadée que derrière chaque visage se cache une intelligence. A sa manière, une personne a toujours quelque chose de singulier à apporter aux autres. Ce peut être un éclat de rire, un souvenir, une identification momentanée, une larme, tout.

Publié dans:Tribulations |on 7 mars, 2014 |Pas de commentaires »

Tribulation sur l’amour autofictif

C’est ironiquement étrange de voir que j’ai déjà tribulé sur l’amour en parlant de la lâcheté. Je pourrais ici  parler de l’amour tel que je me l’imagine. Le bel amour. Mais je n’en sais fichtre rien, en fait.

J’essaie d’aimer.

L’amour de moi pour commencer. Je n’ai  rien de particulier. Je suis une femme ordinaire, avec des pensées ordinaires. Du moins j’essaie de m’en convaincre pour vivre normalement. Pourtant je me demande presque tout le temps quelle forme pourrait avoir ma vie si je faisais un effort, si j’avais une idée. J’essaie des trucs, mais je m’ennuie rapidement. Pourtant je tiens trop à la vie pour y attenter, et je ne veux pas construire quelqu’un d’autre puisque je suis déjà. Je suis Je. Je ne veux pas être autre que ce je-là. Je refuse de me réfugier dans une pathologie pour fuir mes responsabilités. Certainement pas. L’autofiction est dangereuse car elle ne peut pas modifier le réel.

La vie et l’écriture se mêlent à ma quête identitaire. Je dois adapter mon Je à la réalité de mon existence et non retailler le réel à la guise. Mais je suis perdue. Et je me déteste comme ça. Passive. J’attends que quelque chose bouleverse ma vie alors que c’est à moi de la prendre en main. Pourquoi est-ce-que je me sens différente ? Pourquoi je suis, d’ailleurs ? C’est tellement incroyable.

Je suis à travers ce corps frêle de quarante-cinq kilos. Je devrais faire du sport, d’ailleurs, pour m’y sentir mieux ; et arrêter de fumer. Les autres me voient à travers ce corps-là. A travers cette représentation sensible de moi-même. Ils voient une jeune fille relativement froide et inaccessible au premier abord, puis, lorsqu’ils prennent la peine de s’en rapprocher davantage, quelqu’un de normal, quoiqu’un peu fêlé de temps à autre. Ordinaire. J’essaie de me conformer aux lois de la vie en société, mais parfois je n’y arrive pas. Et c’est même souvent le cas. Et il n’y a rien que je redoute le plus au monde que le face-à-face avec moi-même. Alors je me réfugie dans le rapport à l’autre pour ne pas être seule, quand je ne suis véritablement moi-même que dans la solitude.

Publié dans:Tribulations |on 7 mars, 2014 |Pas de commentaires »

Tribulation sur l’oeuvre

Et si j’étais une œuvre ? Pas comme dans le roman de Eric-Emmanuel Schmitt. Non. Je n’ai pas la prétention d’aspirer à devenir une œuvre d’art. Une œuvre littéraire (même si Bachelard pourrait me répondre qu’une œuvre d’art et une œuvre littéraire, c’est pareil).

Je serais une œuvre en tant que je serais singulière. Je ne serais pas jugée en tant qu’individu mais en tant qu’œuvre, en tant que système complexe global. Je serais une œuvre parce que je n’aurais d’autre visée que d’être moi ; d’être moi pour moi et pour les autres. Dans une sorte de perspective empirique, on essaierait de se frayer un chemin de lecture et d’interprétation à travers moi, mais on arriverait qu’à établir une définition abstraite et contradictoire. La définition n’est pas absolue, elle est arbitraire : c’est un prétexte pour se rassurer.

Je refuserais de me ranger derrière des catégories. Ce sont de nouvelles sources de problème. Je n’appartiendrais pas à un genre, mais à la seule littérature. Si j’étais une œuvre, j’oscillerais donc entre immanence et transcendance puisque je serais une création ; j’existerais donc à partir de quelque chose, comme le sous-entend l’étymologie du verbe. On revient à l’essence. La littérature démiurge ? Dieu ?

Mais si je suis créée je ne suis pas natura naturata. Je créée, moi aussi. Je ne suis pas une simple sécrétion de langage et on doit me recevoir en tant que je suis.

Je serais donc un système ouvert à tous ceux qui prendraient la peine de lire en moi. Immanence et transcendance ; je me signifierais moi-même tout en me contentant d’être un rapport au monde, parce que je suis moi-même créée. Je n’existerais cependant pas par rapport au regard qu’on aurait sur moi car je traduirais moi-même quelque chose d’une métaphysique qui ne dépendrait pas de moi. Serais-je donc réduite au dualisme le plus primitif ? Serais-je donc « un « néant » – et tout de même un monde à part » tel que Ingarden qualifie l’œuvre littéraire ?

J’aimerais qu’émane de moi une multiplicité de possibles qui traduise les potentialités de chaque étant. J’aimerais enrichir la vie des gens et leur procurer l’émerveillement. Mais je serais si complexe que m’embrasser toute entière serait vain alors même que l’esthétique renverrait de moi une impression d’unité.

N’essayez pas de me manipuler, vous brasseriez du vent. Ne me rejetez pas non plus, je pourrais vous donner autant que vous pourriez me donner.

Publié dans:Tribulations |on 7 mars, 2014 |Pas de commentaires »

Tribulation sur la névrose

Je crois que je suis un peu névrosée. Enfin, chacun est plus ou moins sujet à la névrose. Parfois je me balade dans la rue, parfaitement bien, et la minute d’après, je déprime pour rien, je ne suis pas sûre de moi. Je me laisse distraire. Je me sens seule en fait. J’ai une personnalité quelque peu perturbée mais je continue de vivre, parce que j’aime ça, je suis une Sisyphe heureuse. Je me borne à demeurer dans une situation d’allégeance totale par rapport à la réalité et je réprime mon ça, mais il m’arrive parfois, lorsque je relâche ma vigilance, de servir mes émotions en me retirant partiellement du réel. Je dis que je suis un peu névrosée parce que je ne me retire pas consciemment de la réalité, je m’y soustrais par mégarde. Mais j’ai toujours été un peu comme ça

Je suis une contradiction, un peu. Et je le suis d’autant plus depuis que j’ai décidé de refouler mon « moi émotif ». Je me présente aux autres comme un roc, quand je suis moi-même consciente qu’il est friable si on y jette des cailloux. Le Réel ne garde de la réalité que son aspect le plus cru, le plus brut, le plus incontournable. Il est ce qui ce qui résiste, insiste, ce qui ne se laisse pas apprivoiser ; et je m’y soumets. Parce ce que c’est comme ça.

Je ne sais jamais vraiment comment me situer par rapport à mon désir parce que je ne sais pas forcément comment me positionner dans l’existence. La névrose comme condition humaine ? Si oui, badant. En tout cas, j’aimerais comprendre pourquoi je suis comme ça. Pourquoi est ce que je suis ? Pourquoi est ce que je désire ? Qu’est-ce donc qu’être une femme ?

J’ai appris à respecter l’illusion mais à ne pas m’y fourvoyer. Le fait même d’être demande une grande responsabilité, car il faut assumer ce que l’on est.

Publié dans:Tribulations |on 7 mars, 2014 |Pas de commentaires »

Tribulation sur la lâcheté

Certains se sont effacés de ma vie aussi vite qu’il y sont arrivés. Refus de partager ? Individualisme de merde. Ingratitude. Méconnaissance, oubli et égoïsme. Fuite. Ils me dégoûtent. J’ai peur de mépriser leur lâcheté comme je dédaigne celle d’un de mes très proches parents. Messieurs, osez nous affronter. Osez affronter notre fragilité. Car c’est bien elle qui vous fait peur.

Je suis bien entourée et je suis forte. Je guéris vite, si je le veux. Je fuis l’instabilité, ce n’est que de l’apparence et de la paresse. Les femmes doivent se montrer exigeantes et ne pas céder aux avances de la première parole mielleuse venue. Pourtant, c’est nous qui choisissons les hommes, nous qui décidons de les apprécier et de nous laisser séduire. Et comme la lâcheté tend à projeter sur les autres la responsabilité que l’on refuse…

Le courage des hommes est-il donc un mythe, un refuge de la lâcheté des vivants ? Se taire et attendre. Belle prouesse de la modernité. Les choses ne sont pas si douloureuses ni difficiles d’elles-mêmes, mais notre faiblesse et lâcheté les font telles, dit Montaigne. Tout est dans le caractère.

De toute façon, il y a plus de gènes communs entre un homme et un singe qu’entre un homme et une femme. Alors, plutôt gorille, orang-outan, chimpanzé ou bonobo ?

Je ne dis pas avoir besoin d’un homme, du moins dans l’immédiat. OMG. Pauvres cons. Ils manquent d’ambition tout simplement. Et le défaut d’ambition amène le vice, j’entends par là le mépris du devoir, l’arrogance, la lâcheté et la mollesse. C’est sans doute pour ça que ma mère a dégoté le qualificatif de mollusque pour désigner ce genre de cas de figure. C’est facile de s’abstenir, de reculer. Mais je ne parle pas que des hommes, ce genre de comportement entache aussi la gente féminine (la quoi ? il parait qu’un homme et une femme c’est pareil !).

Aujourd’hui, il faut vivre comme si la vie était un bien de consommation jetable ! Vivre dans l’immédiat sans projeter plus loin que la semaine suivante. Alors que je me suis toujours représentée l’amour comme le désir de l’autre, la tendresse, le partage et la construction à deux. C’est un engagement, quoi, une promesse. Mais mes tribulations sont obsolètes dans un monde régi par l’ignorance, la sottise et la lâcheté ; les trois plus redoutables ennemies du genre humain, en somme.

Le grand paradoxe, comme le dit Steinbeck, c’est que sous sa carapace de lâcheté, l’homme aspire à la bonté et veut être aimé. Et s’il prend le chemin du vice, c’est qu’il a cru prendre un raccourci qui le mènerait à l’amour. C’est le règne du faux amour. Amour sublimé, amour déprécié.
Amour exaltant, amour décevant. Amour espéré, amour envolé. A quoi rime cette litanie lamentable ?

 

Publié dans:Tribulations |on 7 mars, 2014 |Pas de commentaires »

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